02 janvier 2007

Sic Transit Gloria Mundi

La dernière que j'y étais entré, après une nuit mouvementée, je m'étais dit que je devrais voir cet endroit d'une autre façon, voir ce qui s'y cachait de bon, oublier ce qui s'y cache de mauvais et enfin y passer un bon moment.

Mais rien n'avait changé.

Je passai entre les tables supportant êtres déchéants et sources de leurs déchéances, ne m'attardant pas à chaque être qui s'empilaient et se dissolvaient dans ma mémoire le temps d'un battement de mon coeur fatigué.

Nouveau management, je ne l'aime pas. Je n'aimais pas l'ancien. Je n'aimais pas le précédent. Je ne sais pas si j'aimerai le prochain, mais je le ferai arriver le plus vite possible. J'ai toujours fait tout ce que je pouvais pour qu'il y ait un roulement dans l'administration de l'endroit, pensant à chaque fois que le prochain serait le bon.

Je m'assois en commandant un Bloody Mary puis le bois. Aigre-doux, c'est agréable. C'est que ce liquide coule qui permettait à l'endroit de se maintenir en place. On l'aurait empêcher de se verser et c'est tout ceux qui venaient dans ce lieu qui se seraient repliés sur eux-mêmes et se seraient éteints, privés du goût de liberté que le brevage offrait.

Après de multiples tentatives, je me suis finalement rendu compte de l'inutilité de vouloir changer ceux qui s'occupaient de l'endroit. Mais je continuais, encore et toujours, dans un automatisme bien géré, de tout faire pour changer le management, pour que, peut-être, un jour, un bon management se mette en place.

Je voyais quelques être souriants, semblant apprécier l'endroit, se parlant vivement entre eux, joyeux. D'autres, pitoyables, tentaient de se faufiler dans le cercle, jouaient du coude, mais la clique était tenace et les repoussaient efficacement. Dire que ces piteux auraient pu se parler entre eux.

Bien sûr, à force de faire changer le management, les clients réguliers commencèrent à me voir comme l'aspirant, le prochain manager. Normal après tout puisque j'avais moi-même mis chaque manager à cette place avant de le faire remplacer par un autre. Mais le pouvoir sur cette petite chose n'était pas mon but; je voulais simplement me sentir bien dans ce bar.

Mais je ne me sentais toujours pas bien, même lorsqu'une jeune femme, ses yeux comme une forêt vierge et ses cheveux comme un feu qui la ravage, s'approcha de moi, ses yeux brillant semblant pouvoir éclairer le cimetière assis devant elle. Intéressée par l'être défait que j'étais, maintenant étonné par l'apparent intérêt que la créature lui portait.

Il y eut une conversation. Sûrement banale, je ne sais plus. Nous sortons. Je la serre contre moi, m'enfouis dans ses flammes, l'étreins tendrement. Elle se laisse faire. Nous allons dans un coin tranquille; peut-être chez elle, peut-être chez moi, dans une voiture, dans une ruelle, je n'en sais rien. Et là. Oui, je me perds. Dans ses yeux, dans ses lèvres, dans ses jambes, dans ses bras, dans son sexe...

Et j'ai oublié. Et j'étais bien.

C'est pour ça que je ne me suis pas rendu compte de ma fin, à ce moment-là. Trop rapide pour que je ne puisse l'oublier.

Et j'ai tout oublié. Et je suis bien.

Aucun commentaire: